Critique « Bangkok Nites » de Katsuya Tomita : (in)passes au paradis

Critique « Bangkok Nites » de Katsuya Tomita : (in)passes au paradis

Critique « Bangkok Nites » de Katsuya Tomita : (in)passes au paradis

Scénario

Personnages

Mise en scène

Intérêt

Summary:
Le 15 novembre sort dans les salles obscures Bangkok Nites, un drame de Katsuya Tomita qui dépeint l'envers du quartier rouge de Bangkok où se masse la clientèle japonaise.

75%

Le 15 novembre sort dans les salles obscures Bangkok Nites, un drame de Katsuya Tomita qui dépeint l’envers du quartier rouge de Bangkok où se masse la clientèle japonaise. Dès les premières images du film, le réalisateur réussit à nous le résumer en quelques mots : Bangkok Shit! comme une résonance au titre Bangkok Nites.

Synopsis

Luck est la n°1 de la maison close dans laquelle elle travaille dans la rue Thaniya, en plein quartier rouge de Bangkok. Tous les soirs, elle y retrouve de riches clients japonais venus faire la fête dans cette ville en pleine expansion, dont la réputation n’est plus à faire. L’argent et la drogue coulent à flot dans cet univers clinquant où les néons répondent aux strass. Luck, à force de ruse et de savoir faire, gagne suffisamment pour mener grand train et subvenir aux besoins de sa famille restée dans la province pauvre de Nong Khrai, au nord du pays. Mais voilà que tout bascule le soir où elle retrouve Ozawa, un ancien client et amant qui vivote dans une chambre modeste des bas quartiers. Quand Ozawa doit se rendre au Laos pour le « travail », elle l’accompagne dans le nord jusque dans sa famille. Là, le contraste est total tant la pauvreté dénote avec la capitale, et l’on comprend d’où provient le vivier de jeunes filles du quartier rouge de Bangkok.

Bangkok Nites

 

Des mondes opposés ou dépendants ? 

La première partie de ce long film de 183 minutes dépeint le quotidien sordide des jeunes femmes contraintes à la prostitution dans la capitale de la Thaïlande où viennent s’encanailler les japonais de passage. Entre clients réguliers et clients d’un soir, Luck joue de son savoir faire et de son doigté. Les couleurs sont criardes, la musique hypnotique, puis soudain, le calme de la campagne et la vie familiale. Pourtant le drame qui se joue là, plus feutré, est tout aussi intense. Luck, bien qu’elle subvienne aux besoins de sa famille nombreuse, est rejetée pour le choix de son « travail » débuté à 16 ans. Peu à peu, elle se livre à Ozawa qui semble prendre goût à la vie campagnarde sans se douter du lourd passé de la province (guerres, colonialisme, etc.) et de ses habitants. Mais il ne faut pas se laisser tromper, ici aussi la prostitution fait des ravages, et le poids de l’histoire se fait sentir. Ozawa finit par le découvrir lors de son voyage au Laos, au vu des champs de cratères laissés par les bombes américaines lors de la guerre du Vietnam.

Le personnage de Luck est fort malgré ses nombreuses fêlures, cependant, le masque se fendille peu à peu au contact d’Ozawa. Lui semble plus planant, lointain, il ne prend pas bien conscience de ce qui l’entoure, mais il a bon fond. Les autres personnages, nombreux, permettent de créer un environnement riche et vraisemblable, bien que parfois décousu.

Bangkok Nites

Du côté de la technique, malgré les moyens restreints dont disposait l’équipe, les nombreuses images de nuit sont d’une belle qualité, sans noise. La bande son, électronique et psychédélique en ville puis traditionnelle engagée, tient une place importante tout au long des trois heures de visionnage. L’on salue d’ailleurs le réalisateur d’insister autant sur l’importance des musiques traditionnelles et de leurs caractères protestataires, typiques de ces régions dans une interview

Une triste histoire pour un film intense

Bangkok Nites, au demeurant intense et très intéressant, souffre de longueurs excessives, mais surtout d’éléments décousus, pas forcement intelligibles au premier abord. Certaines scènes ou passages semblent isolés du reste. Est-ce pour laisser planer le doute sur l’avenir des personnages ?

Ainsi, Bangkok Nites est un film fort et prenant qui montre un acteur-réalisateur engagé qui dépeint le monde avec justesse et réalisme. Cependant, la réalisation souffre d’un certain manque de maturité. Cela peut se comprendre par la réalisation longue (plus d’un an de travail) et le fait que Katsuya Tomita, chauffeur routier de carrière, soit totalement autodidacte. Son travail sensible a déjà été salué à de nombreuses reprises au travers des différents festivals auxquels il a participé.

L’on ressort de ce film un peu chamboulé, car on a beau savoir par les reportages et articles que la vie, des femmes en particulier, est difficile dans les pays de cette région du monde, le voir, même mis en scène, est assez troublant, d’autant que les femmes, pour la plupart, y jouent leur propre rôle. Ce qui choque le plus, c’est de voir que c’est la norme de sacrifier une fille pour faire vivre la famille, et l’on se demande si ce ne sont pas elles qui, au fond, tiennent réellement l’économie du pays et permettent l’essor économique qu’a connu la Thaïlande au cours des vingts dernières années.

Tout comme Téhéran Tabou sorti récemment, ce film engagé fait réfléchir, mais sa distribution en salle risque d’être fortement réduite alors qu’il pose de véritables questions sociétales.

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