Walking Dindes : Rien ne va plus dans la Nef des fous

Walking Dindes : Rien ne va plus dans la Nef des fous

Le retour dans La Nef des fous se poursuit avec Walking Dindes, un album toujours aussi coloré et graphiquement parfait de Turf qui nous propose le deuxième tome du second cycle entamé en 2017 (aux éditions Delcourt).

 

La Nef des fous nous a fait rêver pendant plus de quinze ans, et malgré sa conclusion en demi-teinte en 2009, on pensait que c’en était désormais terminé des personnages d’Eauxfolles. Turf s’en est ainsi allé vers d’autres horizons plus (Gribouillis) ou moins (Magasin sexuel, Le Voyage improbable) convaincants pour revenir, à la surprise générale, à son univers de prédilection.

Il y a un an sortait donc Disparition, mettant en scène nos deux policiers préférés, Bonvoisin et Baltimore, sur les traces d’un trafic de coloquintes géantes. Pour ne rien arranger à l’affaire, la Reine Ophélie était enlevée lors d’un spectacle de magie donné par le grand Hidinou. La situation ne pouvait donc pas manquer d’attirer le lecteur nostalgique. Et faire du duo d’enquêteurs maladroits les protagonistes centraux d’un nouveau cycle ne pouvait que satisfaire celui-ci. L’aventure poursuit donc son petit bonhomme de chemin avec Walking Dindes (titre éminemment rigolo) qui s’inscrit dans la lignée du précédent album.

Turf n’a plus à prouver la maîtrise de l’univers qu’il a créé et qu’il connaît sur le bout des doigts. A se demander d’ailleurs si Eauxfolles n’est finalement pas le personnage principal de sa série tant aimée. Sa technique est toujours aussi bonne, son trait efficace, sa mise en couleur chaleureuse, tranchant radicalement avec ce que l’on propose généralement depuis quelques années maintenant en matière de bande-dessinée grand public à qui l’ont vend du « Neuvième Aaaart » à tout bout de champ : à savoir que les couleurs vives et primaires sont tacitement proscrites (c’est trop connoté « petits miquets »).

 

Alors que le cycle original multipliait les univers (Eauxfolles, le monde des machines, le monde extérieur) et que ceux-ci avaient pour ambassadeurs une belle galerie de personnages, les deux nouveaux tomes ne se focalisent que sur un monde, celui des policiers, dont le lecteur semble en savoir plus qu’eux. En dehors de l’enquête, qui avance très très peu (il faut attendre les dernières pages pour réellement voir enfin évoluer l’intrigue), on retrouve notamment le petit roi Clément XVII et sa fille Clorenthe de manière anecdotique, presque comme invités dans leur propre histoire. Cependant, l’intrigue progresse malgré tout. Et si tout cela semble un peu lent, il n’est pas à douter que lorsque l’ensemble du cycle sera disponible, on n’aura pas de difficulté à lire ces albums d’affilée, comme les chapitres d’un volumineux roman épique. En l’état actuel des choses, il est vrai que le récit peut paraître un peu trop léger tant qu’on n’a pas encore la suite à disposition. On attend donc avec entrain de pouvoir apprécier l’œuvre dans son ensemble.

 

La fascination pour La Nef des fous est toujours aussi authentique, mais le lecteur, ravi de retrouver ces attachants personnages, ne pourra cependant masquer la déception de voir les pérégrinations des anti-héros s’éterniser et les péripéties ne susciter qu’un enthousiasme relatif. Walking Dindes est un album fort sympathique qui – à l’instar de son prédécesseur – ne révélera sa pleine valeur que lorsque tous les tomes suivants seront parus. On attend donc impatiemment la suite.

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