Critique « La Valise » (Akileos) : une œuvre fantastique, gothique et esthétique

Critique « La Valise » (Akileos) : une œuvre fantastique, gothique et esthétique

Dans un monde imaginaire, une sorcière utilise une mystérieuse valise pour faire sortir de la ville close les opposants au régime de l’Ombre et rejoindre les rangs de la rébellion. Sujet certes éculé, mais traité d’une manière suffisamment personnelle pour que le lecteur ne sente pas une nouvelle fois poindre les leçons de morale de manière trop insistante.

Ce qui fait avant tout la force de La Valise (paru chez Akileos) c’est son aspect visuel. Les choix esthétiques sont tout à fait judicieux et le graphisme a de quoi impressionner le lecteur par son évidente maîtrise. On évolue ainsi dans un univers à la fois gothique et fantastique, mais aussi dans un monde qui rappelle grandement la période 1930-1950. Le trait, assez anguleux, est tout droit issu de certains comic books (on pense par exemple à Kyle Baker), même s’il ne laisse pas totalement de côté l’esprit franco-belge, et les dessinateurs utilisent intelligemment la couleur qui participe activement à la narration. Mais on pourra néanmoins regretter parfois une lisibilité réduite dans de nombreuses cases trop sombres.

L’histoire est assez simple : une dictature asservit une société et des rebelles veulent prendre le pouvoir. L’originalité de cette trame classique vient de l’intervention d’une sorcière qui vit en dehors des événements sans prendre parti, mais qui toutefois trouve son compte en faisant profiter les rebelles de ses pouvoirs, grâce à une valise magique qui permet de faire évader les contestataires en échange de quelques années de vie, donnant ainsi à la sorcière le pouvoir de prolonger indéfiniment la sienne. Elle va cependant être conduite à devoir faire un choix.

Par ce récit, il est évident que les auteurs souhaitent faire un parallèle entre les dictatures historiques, dont on nous rebat les oreilles à longueur d’année, et la dictature que nous prépare la société à venir, basée sur le tout-informatique, le tout-connecté. La thématique fait florès depuis quelque temps (voir des films récents comme le médiocre The Circle ou une série comme Black Mirror, plus réussie mais inégale) et ne manquera pas d’être perçue par beaucoup comme une rengaine complotiste, tandis que d’autres n’y verront qu’un élément scénaristique et enfin il y a ceux qui, déjà convaincus par la possibilité d’un morne avenir, y trouveront un message fort.

Le problème de cet album, car il n’est pas exempt de défauts, est sa superficialité. Notamment concernant la sorcière. Elle se doit certes d’être mystérieuse et inquiétante, mais de là à en faire une telle coquille vide, on ne peut malheureusement s’y attacher. On ne fait donc qu’être spectateur des événements que l’on découvre, et jamais n’entre en jeu un quelconque processus d’identification. Ce qui rend le tout finalement assez froid. Il aurait été bon de créer un minimum de psychologie chez elle pour donner du fond au personnage et par le même coup, à tout le récit.

La Valise est donc un album qui se lit trop rapidement pour ce qu’il prétend raconter. C’est dommage, car une telle exigence esthétique et graphique méritait un peu plus de profondeur.

Laissez votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.