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Le festival d’Angoulême pour les bulles

Raoul est de retour, et sa case est pleine de bonnes choses à vous distribuer. De retour, mais pas de n’importe où, d’Angoulême. Eh oui, mesdames et messieurs, votre humble serviteur n’est pas resté assis, les fesses dans la neige grise de Paris, pendant son mois de janvier habituellement habité par la neurasthénie et l’anxiété. Il a dépensé son petit pécule, minutieusement gagné et gardé tout au long de l’année, dans un voyage à l’opposé de ce que la bonne vieille raison française imposerait.


Notre petite équipée, composée d’un volontaire engagé sur le front de la bd, moi-même, et de franc-tireur paradant fièrement entre les travées à la découverte d’une rencontre sympathique, a retrouvé ses pénates parisiens après, il faut bien le dire, un séjour éprouvant.

Pour une première fois à Angoulême, je dois dire que j’ai été surpris de l’ambiance qui régnait sur ce festival. D’un point de vu logistique, une ville de tentes pousse dans le vieux Angoulême destinée à accueillir les différents stands et activités que le festival proposera.

Il est impératif pour tous les festivaliers, je dis bien TOUS, de se procurer dès leur arrivée sur les lieux, une carte indiquant le nom et la disposition de chaque tente. Plus d’une âme esseulée a été sauvée, non pas par son piètre sens de l’orientation ou l’aide factice que peut procurer ces téléphones avec GPS intégré – tous mentent –, mais bien grâce à cette sainte et providentielle carte.

Comme tout amateur compulsif et névrosé de bd, nous avons, ma bande de pirates et moi-même, lancé un abordage, couteau entre les dents, contre  la tente dédiée aux stands d’éditeurs et, fait impressionnant reflétant la situation de la bd en France : les éditeurs indépendants bénéficient d’une surface plus importante que les grands éditeurs. L’Association, les Requins Marteaux et Cornélius s’étalent sur des surfaces qu’eux même ne pensaient pas pouvoir atteindre il y a quelques années. Ils ont tant de succès que les politiciens et leur caravelle gorgée de photographes accostent certains d’entre eux pour serrer les paluches réglementaires, l’exemple a été démontré sous mes yeux par nul autre que François Bayroux, aah bon vieux François.

Conseil pratique pour les novices : n’achetez pas de bd avant votre dernier jour sur le salon, votre portefeuille vous en remerciera. Le cerveau du bédéphile n’a pas tendance à retenir les dépenses déjà effectuées, mais plutôt, à imaginer avec délectation l’alignement quasi-militaire de vos flamboyantes nouvelles bd alignées dans votre bibliothèque. Ou peut être que ça n’est que moi ?

Après avoir mentalement dévalisé la tente des éditeurs, nous avons fait un petit tour des tentes à thème, ce qui plait aléatoirement selon le sujet. Une très belle expo sur Art Spiegelman, président du jury et le fameux auteur de Mauss, la seule Bd à avoir reçu un prix Pulitzer, retraçait son parcours. A l’ombre des tours mortes, ses dessins pour le New Yorker et même ses Wacky Packages, tout y passe.

Pour les académiciens à la barbe longue et blanche en mal de séminaire ou pour les fans hystériques, des conférences sont organisées sur des thèmes aussi nombreux que variés : Frédérik Peeters sur la science fiction, Joe Sacco sur le témoignage de guerre en BD, Fred sur sa vie.

Après ce tour d’horizon du festival, les pieds saignent, les yeux aussi d’ailleurs, bref, le corps a besoin de se ressourcer. Les bars de la place des Halles font très bien l’affaire, et pour les plus endurants, le Mercure accueille le gratin d’auteurs et d’éditeurs jusqu’aux dernières heures de la nuit, ou les premières du jour selon votre disposition mentale. Avec un peu de chance, vous bénéficierez d’un moment privilégié avec un auteur venu, lui aussi, se détendre.

Ambiance détendue et bd, voilà un cocktail que le festival d’Angoulême propose, c’est fatigant mais tellement sympa.

Novices, à voir. En tout cas, Raoul en redemande !

Raoul Lacase

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