Critique « Tamba, l’enfant soldat » de Delcourt : la guerre dès l’enfance

Critique « Tamba, l’enfant soldat » de Delcourt : la guerre dès l’enfance

Critique « Tamba, l’enfant soldat » de Delcourt : la guerre dès l’enfance

Dessins

Scénario

Edition

Summary:
Le récit touchant d'un enfant survivant de la guerre.

70%

A lire

Delcourt avec Tamba, l’enfant soldat nous offre un témoignage poignant sur un phénomène hélas encore trop présent.

Un sujet politique

Aujourd’hui, 300 000 enfants sont engagés dans un conflit dans le monde dont 200 000 en Afrique. Les auteurs illustrent ce traumatisme à travers le parcours d’un enfant. Le scénario est de Marion Achard, une artiste de cirque et autrice pour enfants. De son séjour de 6 mois en Afrique de l’ouest pour donner des spectacles dans les camps de réfugiés, elle revient avec cet ouvrage poignant et sensible. Même si elle s’est inspirée de la Sierra Leone, la Guinée et le Congo, elle choisit de ne pas nommer les pays pour rendre le sujet universel. Ce projet de roman est devenu une B.D et on en est très heureux.

Un regard doux pour une vie dure

Beaucoup de cases sont muettes renforçant la douleur de l’enfant et du lecteur. Les dessins sont de Yann Degruel (Sans Famille, L’enfant éléphant) qui était plus spécialisé dans des livres pour enfants.  Son style est techniquement original. On voit la texture de la toile alors que tout cela semble numérique. On se demande si certaines cases ne sont pas inspirées par des photos. Les visages par Yann Degruel sont très précis alors qu’il choisit de laisser le reste des dessins très peu développé. Il fait le choix d’une simplification comme un tag. Cela crée un dessin flou, un trouble comme les souvenirs confus de Tamba.

Magie et kalachnikov

Tout commence par une audience de la Commission de Vérité et Réconciliation où le jeune Tamba, 16 ans, vient livrer son histoire. Le public du tribunal se lève pour ce moment exceptionnel. Le récit suivra le parcours chaotique en flashbacks de cet enfant au milieu de problèmes d’adultes qui le dépassent sans cesse. Tout débute par son enlèvement puis on suivra une partie des atrocités d’une guerre civile (l’attaque d’un barrage de casques bleus, des violences sur les civils) mais sans jamais verser dans le gore.

Tamba n’est pas embrigadé dans un groupe politique mais ces soldats sont plus des brigands que des soldats : ils attaquent les villages quand il n’y a plus de nourriture. Ces adultes aux yeux rouges sont gavés de drogue et l’utilisent aussi pour anesthésier les émotions des enfants, les rendre violents et dociles. Achard nous plonge aussi dans un continent mystique. Tamba utilise un conte africain pour ne pas être tué, un ami récupère des trophées et des porte-bonheurs.

Un récit touchant

Les juges attendent une confession pour rendre justice alors que et le public cherche une vengeance mais Tamba va les désarçonner. Il hésite à parler. A-t-il peur ou, négligé sans cesse, n’a-t-il pas l’habitude d’être mis en lumière ? Il refuse d’être un coupable mais veut raconter les souffrances d’une victime des adultes. La nuit, lui et son ami font des cauchemars et redeviennent des enfants alors qu’ils jouent aux durs quand le jour revient.

Tamba décrit un parcours de vie et pas seulement la vie d’un enfant soldat. Il garde son amour pour lui le soir quand il nous raconte toute sa vie. Devant la Commission, il livre un témoignage des atrocités. Cet enfant timide réserve la vérité de sa fuite au lecteur. On suit donc Tamba une fois qu’il s’est libéré de la guerre dans un camp de réfugiés. Cependant, il n’arrive pas à s’intégrer ou à reprendre une vie d’enfant (jouer au foot, aller à l’école). Il a sans cesse peur d’une attaque du camp par les rebelles. 

Le lecteur décroche parfois du récit car le lexique trop compliqué pour un enfant soldat rend le récit parfois moins crédible. Delcourt offre au lecteur en plus de cette B.D., un dossier documentaire complet de Laure Borgomano en fin de volume pour tout comprendre.

Tamba est un récit poignant d’une vie brisée qui cherche à se reconstruire et a un choix graphique original. C’est une œuvre forte sur des enfances ravagées par les profits. Une fois le livre refermé, le visage en couverture de cet enfant victime de la guerre vous marquera.

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