[Critique] Symmetry : une vision étriquée de l’IA

[Critique] Symmetry : une vision étriquée de l’IA

Par les auteurs Matt Hawkins et Raffaele Lenco, Symmetry raconte l’utopie d’un monde aseptisé. La violence, la maladie et la souffrance ont été éliminées grâce à l’intelligence artificielle et à l’eugénisme. Une catastrophe naturelle vient bouleverser ce statu quo et remet en doute la hiérarchie mondiale. Publié par Image Comics aux Etats-Unis, Symmetry contient actuellement huit épisodes. Notre critique.

 

Une critique paresseuse de l’intelligence artificielle

Symmetry

Matt Hawkins n’est pas un novice dans le monde de la bande dessinée. Il est patron de la maison d’édition Top Cow à qui l’on doit notamment The Darkness ou Rising Stars. Il dépeint un monde futuriste où l’intelligence artificielle a profondément modifié les fondements de l’humanité. Il met en scène un système mondialement connecté directement dans le cerveau des citoyens, qui naissent asexués et choisissent à l’âge de 13 ans leur nature et leur prénom.

Via une catastrophe naturelle, les protagonistes vont être déconnectés de l’intelligence artificielle et vont se rendre compte que le monde n’est pas aussi beau qu’ils le pensaient. Indépendants de ce système, les protagonistes vont évolués seuls, loin du chaos technologique, selon les propres instincts humains enfouis au plus profond de l’être au cours de cette évolution.

Symmetry raconte l’évolution à double tranchant qui se présente dès aujourd’hui à notre société. Une modification profonde de l’instinct humain qui va être supplanté par l’intelligence artificielle qui prend possession du monde et des réactivités de l’humanité. Cette dernière va perdre son indépendance, sa réflexion, sa débrouillardise, pour rester sous le joule protecteur et sécuritaire d’une entité supérieure, pas forcément dangereuse ou aux intentions néfastes, mais totalitaire. L’humanité va perdre son identité, sa curiosité, sa créativité pour entrer dans un moule international dominé par des fractions.

Une ambiguïté est mise en avant : faut-il préférer une sécurité à toute épreuve, une médecine ultra efficace, une hiérarchie établie et un monde où chaque rouage demeure parfaitement à sa place, mais au détriment de l’indépendance de l’être humain. Faut-il préféré l’intérêt général à l’intérêt personnel ? Cette ambiguïté n’est pas assez traitée par l’auteur qui ne fait qu’effleurer cette question existentielle qui anime le comics. C’est la base de tout questionnement sociétal, une vaste question dont une réponse équitable est difficile à trouver. Pour autant les arguments de ces deux parties ne sont pas suffisamment présentés, et l’intérêt sous-jacent de cette histoire demeure dérisoire.

 

Symmetry : une bonne idée qui manque de punch 

Symmetry

Finalement, Symmetry repose son concept sur des questionnements très actuels et primordiaux quant à l’évolution de notre société. Pour autant le comics reste très monotone et rectiligne les rebondissements se font rares, l’aspect psychologique reste superficiel et cette vision du futur est relativement étriquée. De même les personnages ne sont que des pantins sans véritable conviction personnelle, des outils pour permettre à l’histoire d’avancer. On ne retient pas grand-chose d’eux, seul le concept général reste en mémoire du lecteur.

Symmetry manque également de critique. Matt Hawkins n’apporte rien de bien nouveau à cet éternel questionnement métaphysique et offre même une vision des choses assez terre à terre. Une vision cartésienne qui manque d’ambition et souffre d’un conditionnement préétabli. Les dessins de Raffaele Lenco demeurent agréables mais n’ont pas d’identité propre et restent assez lambda. 

 

 Symmetry présente un postulat de départ passionnant, quelque part entre Black Mirror et l’identité de Marvel Comics, mais ne parvient pas à atteindre une vision novatrice et une ambition démesurée. 

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