Rétrospective sur Niki de Saint Phalle au Grand Palais

Rétrospective sur Niki de Saint Phalle au Grand Palais

Le Grand Palais accueille en cette fin d’année et pour la première fois une rétrospective consacrée à l’artiste Niki de Saint Phalle. Personnage emblématique de la fin du 20ème siècle, cette femme franco-américaine au parcours atypique se dévoile dans une exposition haute en couleur.

Quand on parle de Niki de Saint Phalle, on pense tout de suite à la fontaine Stravinski, près du centre Georges Pompidou. Réalisée avec son compagnon Jean Tinguely en 1983, cette création n’est pourtant pas représentative de l’oeuvre de cette artiste incroyable. Elle fait partie des rares femmes artistes reconnue de leur vivant et de façon internationale.

Née en France en 1930, elle grandit aux Etats-Unis et ne cessera de voyager entre les deux pays. Chanteuse, mannequin avant de devenir, plasticienne, peintre, sculptrice et réalisatrice de films, Niki de Saint Phalle n’a pourtant jamais suivi d’enseignement artistique. S’inspirant du travail de Pollock, Dubuffet ou encore Gaudi, elle a su marquer son temps par son caractère révolté et ses thématiques féministes et violentes, mais aussi grâce à la joie qu’inspirent certaines de ses œuvres qui font désormais parties du mobilier urbain.

L’exposition cherche à définir au mieux cette femme si particulière et les préoccupations qui transparaissent dans ses réalisations. Le parcours commence par ses premiers tableaux : on y retrouve ses influences et on constate qu’elle a su rapidement convaincre et montrer son appartenance aux courants de l’époque. Ses peintures sont sombres, souvent violentes et reflètent un mal être certain, une quête d’identité.

La salle suivante met en scène ses premières figures féminines : épouse, mère, prostitué, sorcière ou déesse. Ici se pose la question de la condition de la femme et de sa perception au sein de la société. Niki de Saint Phalle se cherche au milieu de toutes ces représentations et nous interroge sur les inégalités que subissent les femmes. Féministe avant l’heure, elle provoque déjà le débat et veut être en rupture avec les femmes du passé, avec sa mère.

IMG_4193Et cette tendance se confirme. Niki de Saint Phalle s’engage dans une démarche politique et son art soutient sa cause. C’est la naissance des Nanas, sculpture parfois gigantesque comme celle de Hon, sorte de maison en forme de femme couchée les jambes écartées, que l’on pouvait visiter en s’y introduisant par le sexe. Pour l’artiste, la femme au ventre rebondi, nourricière et pleine de pouvoir est l’avenir :  » Le communisme et le capitalisme ont échoué. Le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale. Vous croyez que les gens continueraient à mourir de faim si les femmes s’en mêlaient ? Ces femmes qui mettent au monde, ont cette fonction de donner la vie – Je ne peux m’empêcher de penser qu’elles pourraient faire un monde dans lequel je serais heureuse de vivre  ».

Le visiteur découvre ensuite une immense salle consacrée à ces Nanas : colorées, en mouvement, adulées, rondes, géantes, sexy, elles sont l’espoir, la joie. Elles sont une image rayonnante dans un monde où la femme aurait enfin sa place, loin des gravures de mode et de cette représentation imposée par les média. Ces sculptures faites en papier mâché, en laine, en résine, puis déclinée en bijoux, en ballons gonflables, en sérigraphie, deviennent un véritable produit marketing. Une façon pour l’artiste d’imposer progressivement cette image de femme forte, égale voir supérieure à l’homme. Elles sont l’étendard de cette bataille féministe menée par Niki de Saint Phalle.

IMG_4201Mais l’artiste a aussi su parler en toute lucidité de la part d’ombre que possède les femmes. La salle suivante est consacrée aux Mères dévorantes. A partir de son long métrage Daddy, Niki de Saint Phalle a travaillé sur cette autre figure féminine, plus mûre, souvent grotesque et terrifiante. Ces mères s’imposent et prennent place dans des gigantesques tableaux en relief.

 

La deuxième partie de l’exposition nous entraîne dans une démarche plus ludique et violente de l’artiste et qui lui vaudra sa place au sein du mouvement des Nouveaux Réalistes. Niki de Saint Phalle est en effet réputée pour ses séances de tir à la carabine sur ses œuvres. Elle enfouit sous du plâtre des poches de peinture ou ajoute à ses compositions des bombes qu’elle fait ensuite exploser en tirant dessus. Les acheteurs et les visiteurs sont aussi invités à ces séances de happening en plein air très souvent, faisant ainsi de chaque pièce une oeuvre participative et l’objet d’une vidéo. Défouloir ? Règlement de compte ? Ces tableaux comportent souvent des objets symboliques paternels, religieux, politiques.

Un intermède coloré nous plonge dans l’imaginaire de l’artiste. Peuplés par des formes et des couleurs étranges, cette pièce représente les rêves et les cauchemars de Niki de Saint Phalle qui se considère alors comme Diane chasseresse de monstre symbolique issus de sa fantaisie.

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Enfin, la dernière salle met en scène les grands projets architecturaux qu’elle a réalisé à partir des années 60 dans le but d’apporter joie, couleurs, création et humour aux lieux publics. L’art pour tous ! Car au delà de l’aspect décoratif que propose Niki de Saint Phalle, il y a souvent un questionnement dissimulé derrière ses œuvres : militer pour les droits civiques des noirs et le multiculturalisme américain, sensibiliser le grand public aux ravages du sida…

 

Derrière ce petit bout de femme qui semble fragile, se cache en fait une artiste engagée qui n’a cessé de faire évoluer son art autour de problématiques fortes. L’ampleur et la force de ses œuvres, leurs aspects imposants parfois violents, parfois joyeux… C’est ce qui fait de Niki de Saint Phalle une artiste passionnante qu’on a plaisir à redécouvrir au Grand Palais.

Profitez aussi de l’application smartphone de l’exposition pour avoir accès à l’audioguide et à quelques informations et gadgets inédits.

  1. By La nuit Niki de Saint Phalle on 10 janvier 2015 at 3:58

    […] Pour en savoir plus sur l’exposition, n’hésitez pas à lire l’article de Just Foc… […]

  2. By Les expositions RMN 2015 on 29 décembre 2014 at 4:58

    […] A travers les oeuvres de Monet, Matisse, Signac, rayonnantes de soleil, de Picasso, Dufy, Rodin, Niki de Saint-Phalle, Murakami… le visiteur sera plongé dans un tourbillon euphorique de thématiques légères […]

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