Lucien Clergue au Grand Palais

Lucien Clergue au Grand Palais

Un an après son décès, le Grand Palais dévoile des clichés de Lucien Clergue encore inconnus du grand public. L’occasion de revenir sur l’oeuvre de ce photographe poétique.

L’exposition Lucien Clergue, c’est l’histoire de rencontres…

PicassoCelles avec Picasso, qu’il admire, et de Cocteau, qui le conseillera, puis de Saint-John Perse, à qui il proposera d’illustrer ses textes…Autant de personnalités qui aideront le jeune Lucien Clergue à devenir un grand photographe, avec qui il partagera des rêves, des projets. Il seront ses mentors, ses guides. Mais rencontre aussi avec le peuple gitan, Manitas de Plata, qui sera un ami et une source d’inspiration.
C’est surtout la rencontre avec Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier avec qui il créera les fameuses Rencontres internationales de la photographie à Arles. Autant de figures que l’ont retrouve dans les photos de Lucien Clergue, mais aussi de voix qui nous suivent tout au long de l’exposition. Entre les clichés, quelques témoignages et documentaires racontent ses rencontres et nous invite à découvrir le photographe de façon plus intime, à saisir sa démarche, son implication et son amour pour la poésie.

Une poésie mortifère

Profondément marqué par les bombardements pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi par la disparition précoce de sa mère, Lucien Clergue célèbre la vie par la mort. Âme tourmentée emprunte d’une profonde mélancolie, il va très jeune s’emparer d’un appareil photo pour figer des images, sorte d’exutoire, qu’il conservera précieusement sous forme d’album dans d’anciens catalogues de tissus. Ruines, cimetières, saltimbanques, charognes… autant de sujets tristes mais avec un regard d’une grande intelligence et une composition d’une rare beauté. Ce sont ces clichés qui sauront séduire ses mentors.
Parmi les sujets qui lui tiennent à cœur, Lucien Clergue accordera beaucoup d’importance au peuple gitan qui le passionne. Séduit par leurs traditions et leurs rituels, leur musique et leur sens de la fête, il fréquentera la communauté sédentarisée à Saintes-Maries-de-la-Mer.
Enfin, le photographe est fasciné par la tauromachie et plus particulièrement par l’agonie du taureau qu’il place en héro au même titre que le torero dans l’arène. Il réalisera de nombreux clichés lors de corrida à Arles, Nîmes, Béziers, mais aussi Séville ou Madrid, immortalisant par la même occasion des figures mythiques comme celle d’El Cordobès.

Lucien Clergue - Raie Lucien Clergue - José Reyes Lucien Clergue Taureau mourant

Nus, Contrastes et Langage des sables

Trois sujet en apparence très différents, mais qui pourtant ont bien des similitudes :
La Camargue, dans un premier temps qui est le lieu où toutes ces photographies ont été prises.
L’abstraction : Les nus n’ont pas de visages, ils sont là pour universaliser le corps de la femme et sortir du cadre académique. Une dimension et une démarche nouvelle que l’on retrouve dans Contrastes où ombres et lumières jouent, créant des lignes, des formes, des images très graphiques (198 clichée présentés). Enfin le Langage des Sables qui est en fait une thèse de doctorat proposé par Lucien Clergue, désireux d’obtenir un diplôme de photographe. Il présentera ce travail devant Roland Barthes ; sans discours, formes et dessins éphémères sur le sable, un excellent travail de composition avec toujours ce regard poétique et novateur.

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La scénographie réalisée par Christian Lacroix a beau être originale, elle n’est pas particulièrement évidente et perd un peu le visiteur dans son parcours. Je conseille simplement de tourner autour de la structure centrale et de prendre le temps de savourer les reportages, témoignages et documentaires. Au fond de la salle, se trouve l’interview passionnante de Lucien Clergue réalisée à l’occasion de ses 80 ans, que je vous recommande d’écouter. On y apprend beaucoup sur les Rencontres internationales de la photographie et sur les différents artistes qui l’ont marqué.

Pas vraiment une rétrospective, l’expo Lucien Clergue que nous propose le Grand palais est d’avantage une façon de découvrir une histoire, une démarche artistique et de comprendre comment ce photographe a contribué de façon significative à l’évolution, au développement, mais surtout à la reconnaissance de cet art qu’est la photographie.

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