Le Pérugin au musée Jacquemart André

Le Pérugin au musée Jacquemart André

Maître supposé de Raphaël, Le Pérugin est un de ses peintres de la Renaissance italienne peu connu, que le musée Jacquemart André nous propose de redécouvrir. A travers 8 salles et un parcours chronologique, son oeuvre est mis en lumière à travers des pièces inattendues.

L’exposition commence par une salle consacrée à ses débuts à Pérousse. Issu d’une famille aisée dans une ville en pleine expension, le jeune apprenti profite de cet environnement favorable pour entamer une formation artistique. On suppose qu’il est en premier lieu très influencé par Piero della Francesca avant de partir pour Florence et plus particulièrement dans l’atelier d’Andrea del Verrochio où il aurait rencontré et fréquenté Leonardo da Vinci, Sandro Botticelli et Domenico Ghirlandaio. Cette période importante marquera son art et il reviendra à Pérousse fort d’une nouvelle maîtrise technique. Très rapidement, on constate un véritable travail sur le mouvement et l’expression de ses sujets, mais aussi et surtout un traitement des volumes et des modelés tout en subtilité. Enfin, un dernier point fort du maître que l’on constate tout au long de l’exposition, la force et l’harmonie des couleurs qui règnent dans ses tableaux.

La salle suivante est consacrée au sujet de la Vierge et l’enfant, que Le Pérugin affectionnait particulièrement. On y trouve plusieurs versions réalisées à des périodes différentes. Une belle occasion pour le visiteur de s’exercer à une étude comparative, d’autant plus intéressante que les peintures du Pérugin sont mises en parallèle de celles d’autres artistes dont Botticelli. Ainsi, on retrouve la finesse des visages et la force des expressions, mais aussi et surtout le sfumato, propre aux artistes de la Renaissance italienne, qui permet d’habiller un portrait dans un paysage dont le fond devient de plus en plus vaporeux, créant ainsi un effet de profondeur au tableau. Une technique qui s’accorde avec le style du Pérugin dont les madones sont raffinées et tendres. Le succès est rapidement au rendez-vous et il sera sollicité pour la décoration de la chapelle Sixtine par le pape à Rome.

On découvre avec plaisir, dans la salle qui suit, une série de portraits et de travaux exécutés pendant la période de la réalisation des décors de la chapelle Sixtine. Encore une fois, Le Pérugin est comparé à ses confrères et le lien entre les artistes et leurs influences est nettement visible. Mais le jeune artiste se démarque par une technique incroyable et une maîtrise de la couleur et des visages. On est ainsi stupéfait par le volume et la facture, presque classique du portrait de Francesco delle Opere. Il y a une authenticité dans le rendu des expressions encore une fois qui restitue jusqu’à la personnalité et la psychologie du personnage représenté.

L’exposition propose ensuite de découvrir à travers deux salles la dernière évolution du Pérugin. Celui-ci va d’abord connaître une grande notoriété, rivalisant avec ses confrères de la chapelle Sixtine et recevant beaucoup de commandes. Il répond en effet aux exigences religieuses de l’époque, imposées par la pensée de Savonarole : des œuvres simples dont les personnages sont empreints de dévotion et une sincérité dans leurs expressions, jusque dans leurs attitudes. On ne peut que rester admiratif devant son Saint Sébastien.
C’est aussi à cette période que le peintre acquiert une véritable maturité lors de son voyage à Venise. Influencé par Carpaccio et Bellini, il affine son sens de la composition et ses tableaux gagnent en intensité. Ici, nous découvrons une succession de chef d’oeuvre sublimes, preuves de sa maîtrise : couleurs, transparences, profondeur, élégance, tendresse… C’est tout le talent du maître qui est à l’oeuvre.

Mais, au delà du succès de ses œuvres religieuses, le musée propose de découvrir quelques peintures profanes comme Apollon et Daphnis et le Combat de l’Amour et de la Chasteté, deux oeuvres allégoriques où Le Pérugin se trouve confronté à des codes humanistes plus éloignés de ses tableaux religieux. Il réussit cependant à créer une sorte d’intimité dans ces tableaux, un charme discret et timide.

La dernière partie de l’exposition démontre l’influence qu’à pu avoir Le Pérugin sur l’oeuvre de Raphaël à travers 2 salles. On ne peut affirmer que l’un fut le maître de l’autre, mais il est indéniable en comparant leurs styles que Raphaël a adhéré aux techniques de son prédécesseur. Les peintures présentées dans les deux dernières salles montrent que Le Pérugin a atteint le sommet de son art. Mais il n’est pas improbable non plus que ce dernier ait puisé dans le travail de Raphaël pour accomplir ses dernières peintures.

Considéré de son temps comme un maître incontestable, Le Pérugin a fortement influencé les artistes qui l’ont suivis. Cette exposition lui rend hommage et on ne peut que savourer la présence de pièces aussi prestigieuses.

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