Exposition Pissarro – la simplicité et le travail au centre

Exposition Pissarro – la simplicité et le travail au centre

L’exposition qui vient d’ouvrir au Musée du Luxembourg sur Pissarro a un caractère exceptionnel à plusieurs niveaux : première grande exposition d’oeuvres de Pissarro à Paris depuis 1981, variété des supports et techniques utilisés, liens entre art et engagement politique, en l’occurrence anarchiste…

Rappelons-nous : qui est Camille Pissarro ? Il nous est décrit comme autodidacte, riche d’une grande indépendance d’esprit, impressionniste puis néo-impressionniste, anarchiste. Côté vie privée, il épouse celle qui était entrée dans la famille Pissarro en tant que domestique, Julie Vellay, avec qui il aura huit enfants ; ils auront régulièrement des difficultés financières importantes. Leur déménagement à Eragny, lieu central de la thématique de l’exposition, a lieu en 1984.

Nous rentrons dans cette exposition en faisant connaissance avec toute la famille, ainsi qu’avec la ferme et ses alentours. Les photos de la première salle nous plongent dans une ambiance champêtre où les personnages s’activent. Le travail est le pilier, le centre de la vie, autant celle de Pissarro et de sa famille (que l’on voit peindre, autant en intérieur qu’en extérieur, quitte à traîner un chevalet mobile) que celle des paysans qui les entourent.

Cette prédominance se manifeste de façon quasi-constante dans les oeuvres de Pissarro. Que ce soit le sujet de l’oeuvre, qu’il soit aperçu via les traces du travail effectué à travers la représentation par exemple des champs labourés, le travail est source de vie. Ces tableaux nous touchent de par leur simplicité. Les couleurs tour à tour tendres et vives des paysages nous permettent de ressentir un peu de la chaleur de ce lieu, ainsi que de la tendresse profonde que Pissarro avait pour Eragny. Aquarelles, gravures, études… La variété des approches de Pissarro nous montre bien son attachement à la richesse de ces scènes de la vie courante : la cueillette des pommes, la fenaison, les bains de pieds, etc.

Les illustrations anarchistes des Turpitudes Sociales marquent une rupture avec cette douceur très présente dans les peintures. Ici, c’est la souffrance qui est mise en avant : les personnages ont les traits tirés, les corps sont courbés, voire affalés, mourants parfois, ou au contraire dressés par ce qui semble être l’énergie du désespoir. La vie rurale est belle, simple, elle sait aussi être brutale.

L’engagement de Pissarro s’exprimait autant avec ces illustrations plus “directes” qu’avec ses peintures de paysages de campagnes et de paysans. Laissons-lui le dernier mot : “Y a-t-il un art anarchiste ? Oui ? Décidément, ils ne comprennent pas. Tous les arts sont anarchistes – quand c’est beau et bien !”

Article par Lucile Gautier

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