Exposition Jean Paul Gaultier au Grand Palais

Exposition Jean Paul Gaultier au Grand Palais

Evénement au Grand Palais, l’exposition Jean Paul Gaultier est plus qu’une rétrospective sur la carrière du grand couturier. Just Focus a eut le privilège d’être invité à une conférence de presse en présence du créateur. Rencontre avec l’enfant terrible de la mode, un homme simple, humain et dont l’enthousiasme est communicatif !

Après avoir voyagé dans le monde depuis 2011, l’exposition Jean Paul Gaultier est enfin visible dans les murs du Grand Palais, 40 ans après le premier défilé du créateur qui eut lieu juste à côté, au Palais de la Découverte en 1976.

C’est une première pour le Grand palais : la mode et plus précisément la Haute Couture entre dans le musée. Et pas seulement la mode, mais le travail d’un homme, créateur de sa propre maison et à la reconnaissance mondiale. 14 tonnes de matériel ont été déplacé pour cette exposition qui est le fruit d’une riche collaboration avec des photographes, des coiffeurs (Odile Gilbert) et des maquilleurs.
Une occasion exceptionnelle pour le public de pouvoir approcher et détailler de près des vêtements de luxe et costumes de façon attentive et rigoureuse. Soit 175 tenues audacieuses dont certaines n’ont jamais été exposées. Dans une installation contemporaine et interactive, le visiteur est invité à rencontrer le créateur, mais aussi ses muses et toutes les personnes qui ont inspirées Jean Paul Gaultier. Mieux qu’un défilé, l’exposition nous plonge au cœur de la création.
C’est aussi un merveilleux message de tolérance que nous délivre le couturier qui insiste sur la liberté de pouvoir jouer avec la mode quelque soit le physique, le sexe, la couleur de peau ou l’origine culturelle.

La première personne à avoir porté des seins pointus, c’est son ourson en peluche !

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Jean Paul Gaultier raconte…
Quand il était petit garçon, il n’aimait pas jouer au foot et préférait se réfugier dans le salon de beauté de sa grand-mère Marie, davantage passionné par les émissions de variété, le cinéma… Et les revues de cabaret (il aimerait d’ailleurs en réaliser une) ! Il se souvient avoir été puni par son institutrice à l’école à cause d’un dessin de danseuses à plume qu’il a du porté, accroché au dos.
Parler de son homosexualité était alors essentiel et il a eut la chance d’avoir des parents ouverts sur le sujet. Pouvoir s’assumer et ne plus avoir à mentir sur qu’on est et d’où on vient ; c’est cette liberté qu’il fait rejaillir sur ses vêtements. Le film américain Devine qui vient dîner ce soir fut une révélation et l’incita à révéler son homosexualité au grand jour.
Pour Gaultier, il est important de montrer sa différence et sa richesse, mélanger les genres (mauvais parfois… on se souvient du défilé où les modèles mâchaient du chewing-gum), mais aussi les influences. Ce sont ces mélanges qui font la beauté. La mode pour lui, ce n’est pas « soit belle et tais-toi« . C’est surtout une façon d’exprimer ce que chacun a au plus profond de soi.
Jean Paul Gaultier nous parle aussi de son engagement contre le Sida, cause qui lui tient particulièrement à cœur. En mai prochain, il sera à Vienne pour un défilé hommage à Klimt au profit de la lutte contre ce fléau.
Une de ses grandes forces, c’est de ne pas restreindre son regard et de s’entourer de personnes différentes, pas forcément issue du monde de la mode, afin d’élargir son univers (il aime le travail sur la peau : tatouage et piercing sont des thèmes qui l’inspirent particulièrement).
C’est le message qu’il veut transmettre aux futurs stylistes : garder un regard sur le monde, observer l’air du temps mais aussi savoir chercher plus loin, s’ouvrir ! Il sait que le travail de styliste aujourd’hui ne se limite plus à la création. Il faut savoir communiquer et être un homme d’affaire, mais il est important de rester inspiré pour « sortir le bon produit » sans pour autant suivre la mode.

 L’exposition

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C’est une création à part entière, une sorte d’installation gigantesque mettant en scène, dans une sorte de défilé, la carrière de Jean Paul Gaultier.

La première salle permet de présenter les débuts du couturier. On retrouve son ourson en peluche, Nana, et le visiteur découvre ses muses (Anna Pawlowski, Inès de la Fressange ou encore Farida Khelfa), ses sources d’inspirations. On apprend que son obsession pour la Haute Couture remonte à son enfance (révélation avec le film Falbalas de Jacques Becker) et déjà adolescent, il dessinait deux collections par an, envoyant même ses croquis aux maisons de couture dans l’espoir de se faire remarquer. C’est Pierre Cardin qui lui offrira son premier emploi comme assistant dans un studio. Rapidement, il puise ses idées dans la rue et s’éloigne de la rigueur de la chambre syndicale de la couture. C’est en 1976 qu’il présente sa première collection : le début d’une grande aventure.

Plusieurs parties compose l’exposition :

Odyssée

Il s’agit ici de retrouver les « mythes fondateurs » de l’univers de Jean Paul Gaultier : le marin, viril et sexualisé, la sirène, hybride et tentatrice, mais aussi son goût pour la poésie de Jean Genet ou de Jean Cocteau. La marinière reste l’élément dominant. Il est devenu l’emblème du couturier et incarne à lui seul la marque Gaultier. Décliné, il s’accorde avec tout et se réinvente au fil des collections. Indémodable, il représente une façon de transcender le temps. En 1997, Jean Paul Gaultier ouvre sa propre maison de couture et ce mélange négligé/sophistiqué s’impose progressivement.

Punk Cancan

C’est une façon de définir l’origine de la mode chez Gaultier. Sur fond de carte postale parisienne, remplie de clichés issue de la Belle Epoque, de Toulouse Lautrec à Brassaï, le couturier associe cette ambiance titi parigot au Londres dandy, mais aussi punk des années 80. Véritable choc des cultures, ce mélange de tradition française et d’avant-garde anglaise donneront naissance au Punk Cancan. Encore une fois, l’anticonformisme du couturier est mis en valeur avec des contrastes de matières, de styles et de formes. La rupture avec les conventions et l’invention de nouveaux codes esthétiques sont une invitation pour chacun à s’habiller selon son propre style.

Muses

Jean Paul Gaultier est aussi en quête d’un nouvel idéal de corps pour le monde de la mode. Il le veut libre, ouvert vers la diversité. Ainsi il effectuera de nombreux casting sauvage et invitera sur les podiums des mannequins transgenres, tatoués, ronds, petits, cassant avec les critères de beauté imposés par la mode. Parmi ses égéries, on peut citer Rossi de Palma, Beth Dito et récemment Conchita Wurst.

Le salon

Fasciné par les corsets, Jean Paul Gaultier ressort les guêpières de sa grand mère et façonne un nouveau vêtement. Il réinvente le corset, le faisant passer du statut de sous vêtement à vêtement. La robe corset devient un objet de pouvoir et de sensualité. On se souvient tous des tenues de scène de Madonna en 1990 lors de sa tournée Blond Ambition. Loin d’être anti-féministe, le couturier assure qu’il s’agit d’une provocation et d’une incitation pour la femme à se libérer.

A Fleur de Peau – Classé X

Pour Gaultier, le corps s’habille mais c’est aussi un outil de travail. Il joue sans cesse avec les codes de notre société, provoquant et interpellant sur la sexualité et la sexualisation de son support de création, de sa source d’inspiration. Ainsi il s’amuse à souligner ce qui devrait être caché, et utilise les matières tel que le latex, le cuir, la résille, souvent associé au sadomasochisme pour mettre en lumière un univers débridé. Romantique et fétichiste à la fois, subversif mais jamais vulgaire, il influence la mode contemporaine.

Metropolis

La mode et le monde du spectacle font souvent bon ménage chez Jean Paul Gaultier. Le cinéma, mais aussi la télévision sont pour lui des moyens d’expression grandiose. Aussi s’impliquera-t-il dans la création de costume pour des films comme Le Cinquième Élément de Besson ou La Cité des Enfants Perdus de Caro et Jeunet. Il sera même invité comme membre du jury à Cannes. Par ailleurs, Gaultier collabore aussi avec de nombreux artistes de la danse et de la musique : Mylène Farmer, Depeche mode, Kylie Minogue, Nirvana, et plus récemment Lady Gaga ou Florence Foresti.

Jungle urbaine

L’univers de Gaultier s’enrichit non seulement de la diversité des individus, mais aussi d’une société multiculturelle, urbaine et sauvage dans laquelle il évolue. Il respecte non seulement les différences, mais s’en inspire, les mélanges et va puiser son inspiration dans la richesse des ethnies, des religions, cherchant toujours à briser les frontières géographiques et les barrières culturelles. Ces défilés deviennent alors de vrais manifestes de la tolérance ou il dénonce les injustices et les tabous.

Génie, avant-gardiste ou simplement impertinent, Jean Paul Gaultier a ce grain de folie qui a manqué à la mode française pendant longtemps. En cultivant sa différence et en ne s’imposant aucune limite, il a permis à la mode d’être plus accessible, plus variée et de devenir un dialogue entre les individus et les cultures. On regrettera l’enfant terrible dans le monde du prêt à porter, puisque le couturier a décidé il y a peu de se consacrer essentiellement à la Haute Couture.

Ce merveilleux cocktail est en dégustation au grand palais jusqu’au 3 août et il serait dommage de s’en priver.

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