Exposition Gotlib

Exposition Gotlib

Hier avait lieue l’inauguration de l’exposition Gotlib au musée d’art et d’histoire du Judaïsme. Du 12 mars au 27 juillet 2014, c’est l’occasion d’en apprendre plus sur la vie et le parcours d’un dessinateur talentueux et hors du commun, un visage important dans le monde de la bande dessinée française.

Issue d’une famille juive, Marcel Gottlieb est né à Paris en 1934. Enfant pendant la guerre, il est obligé de se cacher et son père meurt assassiné après avoir été déporté. L’école lui permettra de surmonter ce traumatisme et c’est dés l’âge de 10 ans que le jeune Marcel gribouillera sur ces cahiers de classe. Il possède déjà un trait sûr, incisif, dynamique et une imagination débordante. On découvre avec étonnement ses premiers dessins autour de Notre Dame de Paris qui seront repris plus tard dans la parodie qu’il en fait dans Fluide Glacial.

Ancien élève de l’école d’Art Appliqué Duperré, c’est à partir de 1952 qu’il développe un style graphique précis et vif à travers des travaux de dessins publicitaires. On découvre déjà les prémices de personnages de bande dessinée. Mais c’est en tant que lettreur qu’il entrera dans ce milieu : sa première expérience dans le Journal de Mickey s’achèvera lors de son service militaire qu’il passera à dessiner et jouer de la guitare. A son retour, il travaillera sur plusieurs projets de livres pour enfant.

Sa carrière débute véritablement en 1962 lorsqu’il intègre le Journal Vaillant – le Journal de Pif. Il donnera alors naissance à Nanar, Jujube et surtout à Gai-Luron. C’est à ce moment qu’il devient Gotlib. On sent d’ors et déjà un humour décalé se profiler dans ses récits. En 1965, il rejoint l’équipe de Pilote grâce à Goscinny et devient dessinateur de BD humoristique, registre dans lequel il excelle. C’est à cette période qu’il rencontre Uderzo, Jean Giraud (Moebius), Sempé, Claire Bretécher, Nikita Mandryka, Alexis, Reiser, Fred, Gébé, Cabu, Tardi, Hugo Pratt… tous réunis autour des Dingodossiers, un projet inspiré du magazine américain Mad, fondé par Harvey Kurtzman.

110 Dingodossiers sont publiés jusqu’en 1967, date à laquelle Goscinny choisira de se consacrer à ses projets (Astérix, Lucky Luke et Iznogoud), laissant ainsi Gotlib créer les fameuses Rubrique-à-brac avec ses non moins célèbres personnages : Isaac Newton, la Coccinelle, le professeur Burp, Superdupont, Gai-Luron… Gotlib se représentera lui-même très souvent dans ses histoires.

De 1972 à 1975, Il rejoint Bretécher et Mandryka pour publier l’Echo des Savannes, un magazine trimestriel très controversé dans lequel les trois artistes chercheront une liberté totale : c’est la rupture définitive avec Goscinny qui n’acceptera pas ce changement de la part de son élève.

Il contribue ensuite à la création de Fluide Glacial comme auteur, mais aussi comme rédacteur en chef et retrouve certains de ses anciens camarades, auxquels viennent s’ajouter d’autres grands noms comme Edika, Franquin ou encore Gimenez ainsi que des écrivains comme le futur réalisateur Jean-Pierre Jeunet. Ce magazine permettra aussi à la France de découvrir l’humour satirique anglo-saxon avec, par exemple, les Monty Python. Gotlib se consacrera ensuite essentiellement à Fluide Glacial, dessinant de moins en moins dans les années 80. En 1991, il obtient le Grand Prix du festival de la BD d’Angoulême. C’est en 1995 qu’il cède sa maison d’édition à Flammarion, gardant toujours potentiellement la main sur les éditoriaux.

[quote]Cette exposition met à l’honneur une figure majeure de la bande dessinée française, le dessinateur Marcel Gotlieb, dit Gotlib.
Rassemblant près de deux cents planches originales (publiées mais jamais exposées), ainsi que des archives photographiques, écrites et audiovisuelles, l’exposition fait converser l’artiste, le juif athée et l’anticonformiste.
Combinant approche chronologique et approche thématique, ce portrait, porté par la généreuse complicité de Gotlib, retrace son parcours d’homme et d’artiste.[/quote]

Cette exposition est très riche et retrace avec beaucoup de précision et de justesse la carrière impressionnante d’un artiste franc, novateur et très productif. On se délecte au fil des salles de son moindre dessin dont les encrages à la main sont d’une précision et d’une finesse incroyable. De ses travaux d’étudiant en art à ses planches les plus abouties, c’est un vrai régal !
Les originaux et les exemplaires désormais rares des magazines auxquels il a contribué, rythment le parcours. On prend le temps de lire le contenu de chacune des cases, partageant un peu de complicité avec les autres visiteurs qui eux aussi ne peuvent s’empêcher de rire. On retrouve dans ses dessins la vie du monde de la BD qu’il met souvent en scène, représentant ainsi ses amis et collègues et nous permettant de revivre leur quotidien et leur délires communs. Les dernières salles insistent sur ses sources d’inspirations (super héros et science fiction) et ses préoccupations en mettant l’accent sur son engagement pour la liberté d’expression.

Une approche plus ludique et interactive de l’exposition existe pour les enfants, leur permettant de se plonger dans l’univers de Gotlib et de découvrir ses personnages.

Je vous recommande de prévoir une bonne après midi pour apprécier l’intégralité de l’exposition ou de faire la visite en plusieurs fois car chacune des planches est un vrai petit bijoux. On remercie Gotlib de nous livrer aussi généreusement son travail et d’avoir su aborder des sujets personnels et universels, graves ou légers avec autant de finesse et de poésie, mais aussi de dérision et d’humour.

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Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple
75003 Paris

Métro : Rambuteau, Hôtel de Ville

Du 12 mars au 27 juillet 2014
Lundi, mardi, jeudi, vendredi : 11 h à 18 h
Mercredi : 11 h à 21 h
Dimanche : 10 h à 18 h
Le musée est fermé les samedis et le jeudi 1er mai 2014  

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