Articles Commentaires

Site map

Contact

Just Focus » Articles, Critiques, Littérature » « Le Magasin des suicides » de Jean Teulé

« Le Magasin des suicides » de Jean Teulé

« Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! »

Installé dans une vieille église, au pied des tours de la Cité des Religions Oubliées, le magasin de la famille Tuvache fournit à un monde chaotique une réponse définitive à tous ses soucis : le suicide, sous toutes les formes possibles et imaginables ! Pensez-y, quand des milliers de gens tentent de mettre fin à leurs jours et qu’à peine quelques centaines y arrivent, il faut faire appel à des professionnels, et c’est ce que sont les Tuvache – des experts du suicide depuis dix générations. Mishima, Lucrèce et leurs trois enfants ont chacun un plongeoir différent à vous proposer pour faire le grand saut : cordes tressées main par le père, poison frais concoctés dans l’atelier de la mère, manège mortel conçu par Vincent, l’ainé, l’artiste de la famille …

« Rasoirs rouillés – même si vous ne coupez pas assez profond, vous aurez le tétanos ! »

La famille a ses spécialités, en plus de tous les produits de M’en fous la mort vendus au magasin : rasoirs rouillés, cocktails fatals, baiser de la Mort, parpaings avec accroche, pommes de Turing … la liste est sans fin. Et le travail est de qualité : le rayon frais conserve les fleurs et champignons vénéneux, l’accueil est personnalisé, Vincent a même cousu une belle croix en soie rouge au niveau du torse sur les kimonos des kits de seppuku, pour faciliter la visée. Certes la loi réglemente le commerce – seul un bonbon sur deux peut être empoisonné dans le bocal réservé aux enfants – mais la maison a aussi ses valeurs : on ne vend qu’une balle de pistolet, qu’une dose de poison par personne !

« Regardez. Si je pousse les commissures de ses lèvres vers le bas, il ne sourit pas. Il fait la gueule comme son frère et sa sœur quand ils sont nés. »

La boutique tourne comme une horloge aux mécanismes bien huilés, jusqu’à la naissance du petit dernier de la famille, Alan, baptisé comme son frère et sa sœur après un suicidé célèbre – c’est bien là leur seul point commun : là où Vincent est anorexique, dépressif et migraineux et Marilyn gauche et apathique, Alan respire la joie de vivre, prospère dans la boutique comme une fleur sur un charnier. Pire, il est optimiste. Les parents n’en croient pas leurs yeux, ayant pourtant tout bien fait comme pour les deux ainés. Aucune de leurs technique –visionnage forcé du journal télé, camp de redressement- ne s’avère fructueuse et ils ne peuvent que constater l’influence désastreusement positive qu’a Alan sur le malheur ambiant. Sous ses compliments Marilyn rayonne, trouve sa place dans le magasin, Vincent goûte enfin aux plaisirs de la vie, même les clients repartent regaillardis de la sombre boutique. Il est le grain de sable dans les rouages du commerce, l’intrus dans la famille. Et si pourtant c’était lui qui avait raison ? Si le rire était plus fort que la déprime ?

Pour qui : pour tous les amateurs d’humour grinçant, les fans de la famille Adams et des belles histoires un peu noires, qui se régaleront avec ce petit bijou. En attendant le prochain, je vous dis au revoir – ou plutôt adieu !

 

Anna Otal

Notes: Le célèbre réalisateur français Patrice Leconte prépare actuellement un film d’animation adapté du roman de Jean Teulé pour le printemps 2012.

Le trailer

 

Laisser un commentaire

*


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>